Unhappy birthday to me

Montmartre, 17 mai 1893. Jour de Pentecôte, accessoirement d’anniversaire (le mien)

Les cloches de Saint-Pierre et leurs harmoniques de timbres mêlés m’ont réveillé en sursaut. Seul. Encore une fois. Cette nuit, comme trop souvent, ma Biqui et moi nous sommes disputés et elle est rentrée dormir chez elle, sans oublier de claquer la porte en s’envolant. 
Mes voisins, de plus en plus proche de l’explosion, vont encore me cracher des regards aussi chargés en reproches qu’un dirigeable en Hydrogène.

Après avoir réussi à décrocher mes yeux du plafond et sa multitude de fissures, offrant à mon imagination un planisphère géant des fleuves du monde, que de mal j’ai eu à me hisser hors du lit. Je n’ai pas fait d’excès la veille … tout du moins pas plus que d’habitude, et pourtant ce matin, j’étais moulu, fatigué, ramolli, mort (de fatigue, je vous rassure). 
Puis la révélation : je m’étais endormi à 26 ans et me réveillais à 27. 
L’année que j’avais prise durant la nuit était la cause de ce « coup d’assommoir » matinal. 

Je n’aime pas les anniversaires. Leurs côtés répétitifs, réglés comme du papier à musique qui serait destiné au prix de Rome. Aucune surprise. Quelle tristesse.
Votons donc une loi selon laquelle il serait interdit de faire tomber chaque année son anniversaire à la même date. Beau piment dans le plat quotidien non ?

Pourquoi chiffrer le temps qui passe ? On le sait déjà bien assez qu'il court sans jamais s'essouffler. Incongruité pour ma part que de fêter l’ajout d’un an à mon âge, alors que je devrais plutôt pleurer de le soustraire à ce qu'il reste de ma vie.
Pourquoi célébrer ce pas de plus vers la tombe ? Vers le grand mystère ?
Décidément je préfère que les 17 mai soient des jours comme les autres.

Que ce soir, Hirsutes, Hydropathes ou autres Zutistes me demandent l’âge que j’arrose discrètement, et j’emprunterais alors à mon cher compatriote Honfleurais ce qu’il me glissa l’autre soir entre deux absinthes : « Érik, sais-tu pour quelle raison je ne dis jamais mon âge ? 
Il change tout le temps  ».  À la tienne Alphonse dont j’envie l’esprit.

Je préfère 840 fois faire parler ma musique que mon âge. J’ai beau avancer sur la route, m’exposer au temps, encaisser la vie, « Certains » me prennent encore et me prendront toujours pour une espèce de merdaillon égaré dans un corps d’homme, et pourquoi ? 
Parce que moi, je reste attaché à mes idéaux de jeunesse ! Parce que moi je refuse de me soumettre au diktat en général, musical en particulier ! 
En art il n’est pas de vérité unique, entendez-vous imbéciles !? 
Alors aux « Certains » des Établissements Officiels dont je me tamponne le coquillard d’avoir l’estime, je me joins à ma Musique ainsi qu’à mes rudes saloperies pour vous offrir un bon, un gros, un harmonique, MERDE. C’est moi qui vous fait un cadeau en ce jour d'anniversaire.

Afin d’officieusement valider l’entrée dans mon nouveau club des vingt-septénaires, j’irai peut être ce soir au Lapin Agile ou ailleurs, apprécier simplement, tranquillement avec Alphonse peut-être, sans ma Biqui sûrement, la saveur "gouleyante" d'un vieux Cognac accompagné d’un cigare à l’arôme moelleux.
                                                                                                                                                          
                                                                                                                          Érik
                                                                                                                          6 rue Cortot


                                                         Petit prélude à la journée

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire